Après
quelques années de travail avec des structures géométriques
définies en fonction de mes propres critères, un jour j'ai
eu l'envie de créer des structures où mes préférences
esthétiques joueraient un rôlle secondaire. Il s'agissait
de créer des structures en partant d'autres critères que
ma propre subjectivité.
Après
avoir essayé plusieurs possibilités sans résultat,
un jour j'ai rêvé des nombres premiers. Suite à ce
rêve j'ai pris la décision d'essayer avec eux. C'est ainsi
que j'ai commencé ce travail que j'appelle le poème des
nombres premiers.
Au
commencement c'était assez décourageant. Des mathématiciens
me disaient qu'il était impossible de prévoir des structures
à partir de cette série, étant donné que la
série des nombres premiers, n'est pas prévisible.
Effectivement,
j'ai mis du temps pour arriver a un résultat valable, à
comprendre qu'il ne fallait rien prévoir, car effectivement je
ne sais jamais quand ils, les nombre premiers, vont apparaître dans
la série des nombres entiers.
Parfois
je commence à les écrire en haut à gauche et je continue
comme dans une écriture normale. D'autres fois je commence au centre
et je fais un spirale jusqu'au bord. Parfois je commence au début
avec, 1, 2, 3, 5, 7 etc. parfois je saute des nombres et je commence à
partir de 2.000 ou 4.000 et même 15.OOO.OOO ou plus. Il m'arrive
aussi de commencer a partir de 41, ce qui donne une ligne de nombres premiers
très curieuse, selon une observation de Stanislav Ulam.
Le
support de la structure peut être la feuille de papier, le bois
ou même l'espace.
La
premiere chose qui m'a surprise en travaillant avec la série des
nombres premiers c'était quel que soit le système que j'utilise,
le résultat est toujours beau, de plus en plus beau au fur et à
mesure qu'on progresse dans la série. En fait, plus le tableau
est grand, plus le resultat est beau. C'est la raison pour laquelle j'aimerai
faire des oeuvres monumentales avec cette série, par exemple des
sols, ou des murs etc.
Quand
on s'immerge dans l'univers des nombres premiers, on a la sensation qu'ils
sont la traduction dans le langage des nombres de ce chaos universel magnifique,
continuellement changeant, jamais égal mais nonobstant toujours
le même. Un chaos à l'intérieur duquel j'ai la sensation
qu'il y a un ordre. Un ordre étrange, bizarre.
Le
travail avec les nombres premiers, est fascinant et rassurant au même
temps, très minutieux - je ne suis jamais sur de ne pas avoir fait
des erreurs - et sans doute obsessionnel, si obsessionnel qu'il arrive
un moment ou il faut l'abandonner, au moins pour un certain temps, car
en essayant de percer le mystère de cet hypothétique et
curieux ordre que j'imagine peut exister dans le chaos, on risque de partir
très loin, même trop loin... là ou peut être
il n'y a pas de retour possible...
Paris,
avril 1996 Esther Ferrer
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